Les gens avec des masques

L'anxiété sociale

Peur des autres, de leurs réactions, de ton comportement, de ne pas plaire, de ne pas savoir quoi dire et quand le dire ? Ces angoisses sont plutôt communes. Cependant, si elles ne sont ni temporaires ni soutenables, l’anxiété sociale alors peut s’installer.

L’anxiété sociale, mais de quoi parle-t-on ?

    L’anxiété sociale, aussi connue sous le nom de phobie sociale, est une peur disproportionnée apparaissant la plupart du temps dans deux situations majeures :

L’interaction sociale (se retrouver en public, manger en public, exprimer ses idées, son désaccord, s’adresser à la hiérarchie, se retrouver avec des inconnus, se rendre dans des fêtes…) 

La performance (parler, faire une présentation…). 

Ces moments de vie sont, par nature, plus stressants. Toutefois, pour les personnes souffrant d’anxiété sociale, cette angoisse est exacerbée car la crainte d’être au cœur de l’attention, d’être jugé.e, évalué.e, moqué.e, est trop forte. La peur de l’évaluation négative domine les autres sentiments. 

De fausses croyances sont alors développées favorisant davantage ce trouble.

 

Ces idées dysfonctionnelles sont rangées en trois catégories : des normes d’excellence sociale excessives (ne pas montrer ses faiblesses), des pensées négatives concernant les conséquences de certains comportements (« si je ne suis pas d’accord avec mon ami, vais-je briser notre amitié ? ») et des convictions inconditionnellement négatives sur soi (« je ne suis pas capable de… »).

 

Ainsi, l’anxiété sociale pousse à se dévaluer et à éviter un maximum de faire face aux situations. Ces stratégies d’évitement prennent souvent la forme de comportement dit de sécurité tels que ne pas regarder dans les yeux de son interlocuteur.trice, éviter d’entrer dans des conversations, s’effacer, être situer près des sorties… afin d’augmenter la sensation de contrôle.

Dès lors, chaque interaction sera contrôlée par cette démarche. De même, l’anticipation des situations sociales renforce l’anxiété car elle est toujours négative : typiquement les phrases comme « je ne saurai pas quoi leur dire » ou « ils ou elles ne me trouveront pas intéressant.e » l’illustrent bien. Finalement, l’anxieux.se va repenser l’événement en le décortiquant, pour savoir ce qu’il ou elle a mal fait. Une boucle se forme alors :

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Ce sentiment appartient à la famille des troubles anxieux et regroupe un triptyque d’angoisse : la timidité, le trouble d’anxiété sociale et la personnalité évitante.

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DSM : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et des troubles psychiatriques

    

 

De plus, il ne faut pas confondre l’anxiété sociale avec d’autres formes de déséquilibre de la santé mentale tel que le trouble panique ou encore l’agoraphobie.

Comment se manifeste-t-elle ? 

Divers symptômes physiologiques existent. Cette liste n’est qu’indicative puisque chacun.e peut ressentir cette forme d’anxiété de manière différente. Cependant, la majorité du temps, les sensations ressenties sont de l’ordre de la gorge sèche, des difficultés à déglutir, des tremblements de la voix, des jambes et des mains, accompagnés d’essoufflements, des palpitations, des douleurs musculaires, difficultés à communiquer (balbutiement), maux de tête, douleur abdominale, rougissement…

Tous ces symptômes n’apparaissent pas au même moment ou ne sont pas forcément cumulables. Un seul peut déjà être signe, s’il est fort, répété, et continu, d’anxiété sociale. A l’extrême, elle peut provoquer des crises de panique et d’angoisse. Ces sensations apparaissent dès lors que la personne pense à l’objet de son angoisse et s’intensifie quand elle y fait face. Finalement, le sentiment de honte accompagne souvent les personnes victimes d’anxiété sociale.

Tous touchés ? 

Il est évident, qu’un jour où l’autre, nous vivons des situations exacerbant nos angoisses. Cependant, certaines personnes ont tendance à être touchées de manière plus forte et continue. Pour commencer, les femmes souffrent davantage d’anxiété sociale que les hommes et celle-ci se développe la plupart du temps entre 8 et 15 ans, pouvant impacter le reste de la vie si elle n’est pas prise en charge ou apaisée. De plus, certains autres troubles de la santé mentale comme la dépression ou le stress chronique peuvent enclencher cette détresse. Finalement, selon la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et des troubles psychiatriques, entre 3 et 13% de personnes en souffrent dans leur vie.

    

 

 

De plus, certains facteurs favorisent l’anxiété sociale. Le premier est biologique, s’il existe une faiblesse génétique. Le second est émotionnel avec le neuroticisme, c’est-à-dire expérimenter et éprouver davantage des émotions négatives et subir fortement le stress. Cependant, les facteurs environnementaux et éducatifs jouent aussi un rôle majeur dans le développement de ce trouble (traumatisme, surprotection, manque de relations…).

Et le syndrome de la cabane dans tout ça ?

Les différents confinements ont mis en lumière l’anxiété sociale sous le prisme du syndrome de la cabane aussi connu sous le nom de syndrome de l’escargot. Les déconfinements n’ont pas toujours été synonymes de joie : sortir, retrouver les gens… ces habitudes étaient perdues. Se confronter aux mondes extérieurs a pu être extrêmement compliqué.

"Précisons que le syndrome de la cabane n'est pas une pathologie psychiatrique ni une maladie, c'est un état émotionnel transitoire qui a vocation à s'améliorer si on le prend en charge" précise Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne.

Ainsi, l’anxiété sociale et le syndrome de la cabane sont différents mais l’un peut aboutir à l’autre et inversement. En effet, un des symptômes majeurs de ce syndrome est la phobie du monde, "un monde qui incarne alors tous les dangers". Là aussi, il faut faire preuve de patience et avancer par petits pas.

Une anxiété irréversible ? 

Cette forme d’angoisse n’est pas indomptable. Une prise en charge par un.e psychologue est bénéfique si elle devient paralysante au point d’établir des frontières avec le monde extérieur de telle sorte à se renfermer sur soi-même. De plus, une consultation permet de diagnostiquer si l’anxiété n’est que passagère ou si elle résulte véritablement d’une peur quotidienne. Dès lors que cette angoisse peut se traduire par des crises de panique, que la recherche de stratégie de détournement de situation est quotidienne ou qu’il existe des recours à des drogues, médicaments ou alcools pour ne pas subir le stress de la situation, un suivi psychologique s’impose afin de sortir de ce cercle sans fin.

Un traitement adapté est alors mis en place pour gagner en sérénité, qualité et contrôle de vie. Majoritairement, ces suivis prennent la forme de thérapie cognitivo-comportementale permettant de modifier les croyances et les comportements associés afin de les remplacer par ceux en accord avec les situations vécues ne les sous et sur estimant pas. L’objectif est de reprendre confiance dans ses habilités sociales. 

 

    De plus, de petites actions dans la vie de tous les jours permettent aussi de surmonter sa phobie sociale. Par exemple, s’exposer petit à petit au monde extérieur : cela peut passer par une promenade, se détendre sur un banc, prendre un café, puis inviter un.e ami.e pour une activité, sourire à son voisin de table, lui dire bonjour… L’objectif est d’aller à son rythme. Dès lors, les habilités sociales s’affirment. Aussi, il faut prendre du recul face aux pensées : ne pas être trop dur avec soir même, ne pas tout analyser négativement, ne pas se rappeler les échecs passés, éviter les scénarios négatifs… L’objectif est d’orienter sa pensée dans le moment présent. La médiation est d’ailleurs un très bon outil pour développer cette capacité.

 

    Finalement, bien que l’anxiété sociale soit une souffrance de tous les jours, il est tout à fait possible de s’en sortir et de regagner confiance. 

Pour plus d'informations
te propose deux livres :
 
STIMULI
  • La peur des autres – Trac, timidité et phobie sociale de Christophe André et Patrick Légeron : Respectivement psychiatre et psychothérapeute, les deux auteurs proposent une description plurielle et complète de l’anxiété sociale ainsi que des solutions dans la vie quotidienne pour s’en sortir

  • Psychologue de la peur – Craintes, angoisses et phobies de Christophe André : à travers des témoignages, le psychothérapeute donne les clés pour guérir de ses peurs.

Pour plus de détails, voici nos sources :

« Le Trouble Anxiété Sociale (anciennement phobie sociale), En quelques mots... » Apprendre les TCC - Découvrir les Thérapies Comportementales, Cognitives et Emotionnelles [en ligne] : URL : https://tcc.apprendre-la-psychologie.fr/phobie-sociale.html

 

« Anxiété sociale », Québec [en ligne] 25/10/218. URL : https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/sante-mentale-maladie-mentale/anxiete-sociale

 

CAREAU, Louise. THIBODEAU, Chantal. “Faire face à l’anxiété sociale », Université Laval, Direction des services aux étudiants [en ligne]. URL : https://www.aide.ulaval.ca/psychologie/textes-et-outils/difficultes-frequentes/l-anxiete-sociale-ou-la-peur-des-autres/

 

BARNHILL, John W. « Phobie sociale (trouble d’anxiété sociale) », Le manuel MSB, version pour le grand public, avril 2020 [en ligne]. URL : https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/troubles-mentaux/anxi%C3%A9t%C3%A9-et-troubles-li%C3%A9s-au-stress/phobie-sociale

 

THIEBAUX, Anaïs. « Syndrome de la cabane : symptômes, comment le surmonter ? » Le journal des femmes santé, 21 avril 2021 [en ligne]. URL : https://sante.journaldesfemmes.fr/fiches-sante-du-quotidien/2636665-syndrome-de-la-cabane-definition-symptome-test-cause-solutions-deconfinement/